Un client vous dit :
« J’ai mal à l’épaule droite. »
En tant que praticien, il est naturel de chercher une cause. Est-ce lié à une utilisation répétée du bras, à la posture, au cou, au dos, à la fatigue ou au stress ?
Si nous connaissions la cause, nous saurions peut-être plus facilement où toucher. Nous pourrions aussi nous sentir plus sûrs de notre séance.
Pendant longtemps, j’ai moi aussi pensé qu’il était essentiel de trouver la cause.
Mais le corps humain n’est pas si simple.
Penser qu’un élément peut jouer un rôle ne signifie pas qu’il est la cause.
Dans l’Evo Shiatsu, nous accordons beaucoup d’importance à cette différence.
Nous ne faisons pas semblant de savoir ce que nous ne savons pas.
Cela ne veut pas dire que nous pratiquons sans réfléchir.
Cela veut dire que, plutôt que d’essayer de deviner une cause, nous nous demandons ce que nous pouvons faire, ici et maintenant, de manière sûre.
Séparer ce que l’on observe de ce que l’on pense
Le praticien peut recueillir beaucoup d’informations.
Il peut demander depuis quand la douleur est présente et dans quels mouvements elle augmente ou diminue. Il peut aussi s’informer sur le travail, le repos, les anciennes blessures ou les problèmes de santé connus.
Il peut observer la posture et les mouvements.
Avec l’accord du client, il peut toucher le corps. Il peut sentir une différence de tension entre les deux côtés. Il peut changer la position ou la manière de toucher, puis demander à la personne ce qu’elle ressent.
Toutes ces informations sont importantes. Elles nous aident à pratiquer avec plus de sécurité.
Mais avoir plus d’informations ne veut pas dire que nous avons trouvé la cause.
Imaginons que l’épaule droite nous semble plus tendue que l’épaule gauche.
Ce que nous pouvons dire est simple :
« Aujourd’hui, lorsque je touche vos épaules, le côté droit me semble plus tendu. »
Mais cette observation ne nous dit pas si la tension provoque la douleur, si le corps se tend pour se protéger, ni pourquoi cette tension est apparue. Le toucher seul ne permet pas de le savoir avec certitude.
Quand le client dit qu’il a mal, cette douleur est réelle pour lui. Nous devons l’écouter et la respecter.
Mais le lieu de la douleur ne permet pas, à lui seul, de savoir tout ce qui se passe dans le corps.
Ce que nous avons vu. Ce que la personne nous a dit. Ce que nous avons senti avec nos mains. Et ce que nous avons pensé.
Il est important de ne pas mélanger ces éléments.
Une douleur peut avoir plusieurs influences
Une douleur à l’épaule peut être liée à plusieurs éléments.
Un travail qui demande de répéter souvent le même mouvement.
Une position gardée pendant de longues heures.
Un manque de repos.
Une ancienne douleur qui a changé la manière de bouger.
Une période de tension ou de stress.
Deux personnes peuvent ressentir une douleur proche sans avoir la même histoire. Chez une même personne, la douleur peut aussi changer selon le travail, le sommeil ou la fatigue.
Dans l’Evo Shiatsu, nous utilisons cinq axes pour garder une vision large du corps :
- la structure et la posture ;
- les muscles et les fascias ;
- les organes internes ;
- le stress et le système nerveux autonome ;
- la mémoire du corps.
Ces cinq axes ne servent pas à trouver « la vraie cause » ni à décider que le problème est forcément musculaire ou forcément lié au stress.
Ce sont des repères. Ils nous aident à regarder le corps plus largement. Ils ne donnent ni diagnostic ni conclusion.
Un changement ne prouve pas que nous avons trouvé la cause
Le corps peut changer pendant une séance.
Imaginons qu’après un travail sur les pieds, le client nous dise :
« Mon épaule bouge un peu plus facilement. »
C’est une information importante.
Mais cela ne prouve pas que le pied était la cause de la douleur à l’épaule.
Ce que nous savons, c’est qu’après cette partie de la séance, le mouvement de l’épaule et la sensation de la personne ont changé.
Pendant ce temps, plusieurs choses ont changé : le contact, la position, le temps passé sur la table, la respiration, le calme ou le sentiment de sécurité.
Le changement est réel. Mais son explication n’est pas forcément simple.
Le pied a été touché, puis l’épaule a changé.
Cela ne suffit pas pour dire que le pied était la cause.
Le rôle du praticien n’est pas de construire une histoire capable de tout expliquer.
Il est de garder une différence claire entre ce qu’il a observé, ce que le client a ressenti et ce qui reste une possibilité.
Une hypothèse peut aider, mais ce n’est pas une réponse
Dans l’Evo Shiatsu, nous pouvons avoir des hypothèses.
Une hypothèse est simplement une idée :
« Cela peut être lié à ceci. »
Par exemple, le praticien peut penser :
« La manière d’utiliser le bras au travail joue peut-être un rôle. »
Cette idée peut l’aider à poser d’autres questions, à éviter un mouvement douloureux, à choisir une position plus confortable ou à utiliser une pression adaptée.
L’hypothèse sert donc à réfléchir avec prudence.
Mais elle ne devient pas une vérité.
Si une nouvelle information apparaît ou si le corps ne réagit pas comme prévu, le praticien peut changer d’idée et laisser cette hypothèse de côté.
Il ne l’utilise pas pour justifier une pression plus forte ou pour travailler seulement une zone.
La manière de parler au client est également importante. Prenons cette phrase :
« Votre bassin est décalé. C’est la cause de votre douleur à l’épaule. »
Cette phrase présente une idée du praticien comme une vérité. Nous pouvons plutôt dire :
« Je ne peux pas affirmer qu’il existe une seule cause à cette douleur. La manière dont vous utilisez votre bras et l’état général de votre corps peuvent aussi jouer un rôle. Nous allons avancer avec prudence, sans nous limiter à l’épaule. »
Ne pas affirmer une cause ne veut pas dire répondre seulement : « Je ne sais pas. » Nous pouvons expliquer ce que nous avons observé, ce que nous allons faire et ce que nous ne pouvons pas savoir avec certitude.
Quand un avis médical est nécessaire
Dire que nous ne pouvons pas tout déterminer ne revient pas à refuser la médecine ou l’étude du corps. Les connaissances sur l’anatomie, les maladies et la sécurité aident le praticien à reconnaître un risque et à savoir jusqu’où il peut intervenir.
La médecine a un rôle essentiel : examiner, faire des tests, poser un diagnostic et proposer un traitement. L’Evo Shiatsu ne remplace pas ce travail.
En Evo Shiatsu, le praticien ne diagnostique pas une maladie ou une blessure. Il ne garantit pas non plus qu’il n’existe aucun problème médical.
Il ne prétend pas traiter directement les organes internes ou le système nerveux autonome par le Shiatsu.
Si le praticien ne peut pas vérifier que la séance est sûre, il peut décider de ne pas commencer. Il peut aussi arrêter une séance déjà commencée ou conseiller au client de consulter un professionnel de santé.
Orienter une personne vers un professionnel de santé ne veut pas dire l’abandonner. C’est reconnaître ce que nous pouvons faire et ce qui ne fait pas partie de notre rôle.
C’est pourquoi la Basic Routine reste la même
Même si nous ne pouvons pas tout savoir, nous pouvons écouter attentivement, vérifier la sécurité, séparer ce que nous observons de ce que nous supposons et travailler l’ensemble du corps dans un ordre clair.
Dans l’Evo Shiatsu, nous utilisons en principe la même Basic Routine avec chaque client.
Nous ne reconstruisons pas toute la séance à partir de zéro selon le symptôme ou l’hypothèse du praticien.
Nous suivons la même méthode de base et le même ordre pour travailler l’ensemble du corps. Cela évite de rester concentré sur un seul symptôme et rend la pratique plus stable.
La Basic Routine n’est pas un test destiné à découvrir une cause cachée.
Elle ne sert pas non plus à traiter directement chacun des cinq axes.
Utiliser la même Basic Routine ne veut pas dire ignorer l’état du client.
La personne peut avoir mal. Elle peut avoir du mal à garder une position. Son état du jour peut demander plus de prudence.
Dans ce cas, le praticien garde le déroulement de base, mais il adapte la pression, le rythme, la position ou certains gestes. Il peut aussi laisser de côté une partie de la routine. Si la séance ne peut pas continuer en toute sécurité, il l’arrête.
La méthode de base et son ordre restent les mêmes. Nous adaptons seulement ce qui doit l’être.
S’adapter à la personne n’est pas la même chose que créer une séance différente pour chaque symptôme et viser une cause supposée.
En résumé : la confiance ne vient pas d’une cause affirmée
Affirmer une cause peut donner l’impression que le praticien est sûr de lui.
Mais je ne pense pas que la confiance consiste à faire croire que nous savons tout.
La confiance vient plutôt de la clarté : savoir ce que nous pouvons observer, ce qui reste une possibilité, ce que nous pouvons faire en toute sécurité et quand nous devons orienter vers un professionnel de santé.
Lorsque ces points sont clairs, nous pouvons pratiquer sans nous perdre, même si nous ne pouvons pas déterminer une seule cause.
Ne pas faire semblant de savoir ce que nous ne savons pas ne signifie pas abandonner nos connaissances.
Cela signifie utiliser ce que nous avons appris pour pratiquer avec sécurité, et non pour affirmer une cause que nous ne pouvons pas vérifier.
Nous ne pouvons pas déterminer tout ce qui se passe dans le corps.
C’est précisément pour cette raison que nous ne réduisons pas la douleur à une seule cause et que nous travaillons l’ensemble du corps, dans un ordre clair et en toute sécurité.
C’est l’une des bases de l’Evo Shiatsu.
Voir en vidéo
Cet article reprend les idées du chapitre 2 de la première partie de l’Evo Shiatsu L1.
La vidéo YouTube consacrée à ce thème sera ajoutée ici après sa publication.
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